En 2011, la Ville de Liège a entrepris des démarches pour pouvoir bénéficier du Plan Wallonie Cyclable 2011-2015 et, à la suite de la réalisation de son Plan Communal Cyclable (PCC), a été sélectionnée comme commune pilote Wallonie Cyclable. Ce plan ayant touché à sa fin, le GRACQ Liège a entrepris d'en évaluer les résultats : le bilan est on-ne-peut-plus mitigé.

Le Plan et ses objectifs

Figure 1. Cartographie des 6 itinéraires et 4 jonctions structurants prévus au PCC de Liège (2012-2015)Ce projet régional a pour objectif d'apporter des moyens financiers aux communes dans le but premier de développer significativement la pratique du vélo. Vu le très faible niveau d’équipement cyclable que Liège possédait, le GRACQ Liège s’est évidemment réjoui de voir 4,5 millions d’euros (3,5 millions régionaux et 1 million communal) dévolu au vélo à Liège.

Parmi les principales actions visées par le PCC, on trouvait le développement de six itinéraires cyclables structurant et de quatre jonctions. Ces itinéraires devaient répondre à cinq critères (sûr, rapide, cohérent, confortable et agréable) et deux principes d’aménagement :

  • Principe 1 :  Si la vitesse autorisée est égale ou supérieure à 50 km/h, un espace propre sera réservé aux cyclistes soit via une piste cyclable marquée, soit via une piste cyclable séparée. (PCC, 2011, p.27)
  • Principe 2 :  Si la vitesse autorisée est égale à 30 km/h, la mixité sera d’application avec un marquage suggéré sur le réseau structurant. (PCC, 2011, p.27)

Évaluation et observations

Durant l’année 2016, qui correspond à la fin des budgets Wallonie Cyclable (WaCy), le GRACQ Liège a réalisé une évaluation de ces itinéraires et jonctions. Cette évaluation repose sur une confrontation entre ce qui était annoncé et des observations sur le terrain afin de voir ce qui a effectivement été réalisé et si cela correspond bien aux principes d’aménagements annoncés. Une cartographie de l’ensemble des tronçons a été réalisée en leur associant un code couleur selon leur degré de conformité :

Figure 2. Plan communal cyclable de Liège 2012-2015 : évaluation du GRACQ

Sur la base de cette analyse, le GRACQ Liège est en mesure de rendre quatre grandes observations :

  1. Sur 6 itinéraires cyclables structurants annoncés, aucun n’est aménagé de façon continue ;
  2. Sur 4 jonctions annoncées, aucune n’est aménagée de façon continue ;
  3. Sur 3 quartiers apaisés (zone 30) annoncés, aucun n’est encore finalisé et, à terme, si deux d’entre eux verront le jour, aucun ne respectera les principes annoncés ;
  4. Sur 10 points noirs, un seul a été résolu (à Fontainebleau).

Les deux premières observations signifient concrètement qu’aucun de ces itinéraires/jonctions ne respecte les deux principes d’aménagement adoptés. À ce stade, cinq ans après le début du Plan Wallonie Cyclable à Liège, le réseau cyclable n’est donc encore malheureusement qu’une suite discontinue de tronçons cyclables et de lieux non aménagés forçant le cycliste à une mixité avec les automobiles dans des zones de 50 km/h et à haute densité de trafic.

Il apparait donc qu’en juin 2016, 67 % des aménagements ne sont pas réalisés. Parmi les raisons, on peut mettre en évidence que :

  • la Ville n’a finalement pas jugé opportun d’aménager certains des tronçons annoncés dans le PCC, préférant ainsi laisser l’intégralité de l’espace de la voirie aux automobiles ;
  • tous les travaux prévus (budget WaCy) ne sont pas encore terminés ;
  • des aménagements étaient prévus en parallèle à la mise en place du tram. La non réalisation de celui-ci a signifié la non réalisation des itinéraires cyclables concernés ;
  • certaines voiries sont gérées par le Service Public de Wallonie. Il semble qu’il y ait un manque de coordination avec la Ville et un décalage entre les priorités.

Itinéraire 3, pont de Bressoux : aménagement conforme aux principes du PCC avec des pistes cyclables marquées multidirectionnelles

Aussi, 12 % des itinéraires ne respectent pas les principes du PCC. Il s’agit le plus souvent d’une absence de piste cyclable marquée sur des tronçons limités à 50 km/h ou plus. L’aménageur y a préféré, selon les cas, la pose de chevrons et logos vélo, parfois disparates, mais toujours insuffisants pour offrir aux cyclistes un espace confortable, sécurisé et rapide, ou encore l’utilisation de la bande de bus.

Enfin, il apparaît que parmi les tronçons aménagés respectant les deux principes, certains points restent problématiques pour les cyclistes. C’est le cas dans certaines zones de mixité piétons-cyclistes, sur des voiries avec trop peu de marquage suggéré ou d’un revêtement inconfortable, de zones 30 dont la densité de trafic est telle qu’il est simplement impossible d’y rouler, du non-respect par les automobilistes des infrastructures cyclables, etc.

Dépenses trop dispersées et
résultat trop peu efficace

Au terme de cette analyse, il est indéniable que les budgets investis ont amené et amèneront encore des améliorations dans les déplacements quotidiens des cyclistes à Liège. La Ville partait de très loin : RAVeL excepté, rien ou presque n’avait été fait pour les cyclistes depuis des décennies.

Des bandes cyclables suggérées envahies par les voitures stationnées en infraction sur une voirie limitée à 50 km/hToutefois, le GRACQ Liège estime que les budgets dégagés pour la politique cyclable à Liège, n’ont pas été utilisés de la façon la plus efficace pour engendrer un transfert modal significatif vers le vélo. Le réseau actuel est loin d’être structurant en raison des nombreuses discontinuités et de l’éparpillement des aménagements. Comme il a été montré, les raisons sont notamment liées à d’autres projets avortés, mais plus fondamentalement au manque de priorité accordée à l’infrastructure cyclable.

La question de la place accordée au vélo est liée à celle accordée à la voiture. De ce point de vue, il faut bien reconnaitre que nous sommes face à des pouvoirs publics (politiques et administratifs) encore beaucoup trop favorables à la voiture, que ce soit au niveau régional ou au niveau local. Quand un gouvernement admet que chaque euro investi dans le développement du vélo permet à la collectivité d’en économiser entre 10 et 20, on est en droit d’attendre un changement clair de priorités dans les aménagements et dans la façon de penser la mobilité en ville.

Le PCC de Liège avait des objectifs clairs d’aménagements pour 2020. Après avoir dépensé les fonds WaCy, on voit mal comment la Ville va pouvoir atteindre les objectifs annoncés et dès lors permettre au GRACQ Liège de colorier l’ensemble des tronçons de sa cartographie en vert. Afin de se rapprocher au plus de ces objectifs, les budgets accordés au vélo par la Ville devront être bien supérieurs à sa contribution des dernières années.

J. TIRTIAUX & J. CHARLIER

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