Chaque kilomètre à vélo génère dans nos régions un bénéfice de 1€ pour la collectivité, principalement grâce à une meilleure santé. Pour la voiture c'est le contraire, elle coûte 1 € par kilomètre parcouru... D'un autre côté, le vélo représente déjà plus de 17.000 emplois en Belgique et rapporte 951 millions € en valeur ajoutée nette à notre économie. Avec une croissance supérieure à la moyenne et des scénarios prometteurs pour l'avenir. Le vélo ça rapporte donc, et pas qu'un peu !

Faire une analyse coût/bénéfice de nos modes de transports est un exercice compliqué, souvent par manque de données fiables ou tout simplement quantifiables. Par exemple combien vaut une vie perdue sur nos routes ? Et le bruit qui rend certains endroits invivables ?

Néanmoins, dans un monde où les décisions politiques se basent souvent sur des chiffres économiques, on ne peut passer à côté de cet exercice chiffré. Pour cette analyse, commanditée officiellement par le Benelux, le bureau d'études Transport & Mobility Leuven (TML) a décidé de prendre en compte les aspects suivants :

  • Coûts totaux de possession d'un véhicule (achat, entretien, taxes, assurances...)
  • Temps de déplacement (en valeur économique)
  • Coûts de congestion dûs au véhicule utilisé
  • Santé : maladies et mort évitées, productivité plus élevée, économies en soins de santé
  • Coûts des accidents
  • Coûts de la pollution de l'air et sonore (santé/climat)
  • Occupation de l'espace public et qualité du cadre de vie
  • Coût des infrastructures (pour chaque mode)

TML prend donc en compte les coûts et bénefices privés (internes) mais aussi publics (externalités) de chaque mode. Voici en résumé ce qu'il en est du bénéfice économique net pour chaque mode de transport :

Benelux Bike Benefits - TML

La palme financière revient principalement au vélo musculaire, suivi du vélo électrique classique, tous les deux synonymes de bénéfices net pour la collectivité. Pour les autres modes de transport, la balance est négative. Faiblement pour le speed pedelec1 et le train, mais plus pour le bus et, surtout, pour la voiture individuelle. En termes financiers TML résume les choses comme ceci :

Si 100.000 personnes se rendent au travail à vélo à 5 km de chez elles, elles génèrent un bénéfice total de 196 millions € par an. Si elles font le même trajet en voiture, elles génèrent un coût de 203 millions € par an. Sur ce total, 89 millions € sont supportés par l'automobiliste, mais 114 millions € sont à la charge de la société.

Chaque cycliste génère un bénéfice net allant de 260 à 694 € par an, selon les km parcourus. Chaque voiture qui parcourt 15.000 km par an entraîne un coût social annuel de 15.227 €.

En ce qui concerne les gains financiers du vélo, ils proviennent de ses avantages santé :

La raison pour laquelle le vélo est si bénéfique pour la société est principalement due aux effets positifs sur la santé de la pratique régulière du vélo. Le vélo prévient les décès prématurés et de nombreuses maladies graves et chroniques2. Il contribue à une vie plus saine et plus heureuse. Ces effets positifs sur la santé se traduisent aussi par une diminution des dépenses de sécurité sociale, un niveau plus élevé de productivité et une réduction de l'absentéisme au travail.

TML a résumé dans un graphique les gains sociétaux nets d'un report de la voiture/bus/train vers les trois types de vélo. Dans tous les cas la balance au kilomètre est très positive :

2022 Bénélux Cost-Benefits Visuel (TML)

TML conclut ainsi pour le Bénélux et la Rhénanie-du-Nord-Westphalie (RNW) :

Si 1 % de tous les kilomètres parcourus en voiture dans nos régions était remplacé par des kilomètres parcourus à vélo, un gain net de 13,6 milliards € pourrait être réalisé (dont 10 milliards € rien que dans la santé).

En appliquant sa méthodologie à l'étude de la liaison cyclable transfrontalière Arlon-Luxembourg, TML a établi que "le bénéfice économique d'une modernisation de l'infrastructure existante (estimée à 100 000 €/km) pour atteindre les 7% de part modale vélo sur cet itinéraire, serait 9 fois supérieur à son coût avec seulement 20% des nouveaux cyclistes qui l'utiliseraient grâce à ces améliorations"3. De quoi définitivement investir dans le vélo, même pour des fréquentations de loin inférieures à celles des Pays-Bas !

Les bénéfices du vélo à l'échelle européenne : 150 milliards €

La Fédération des cyclistes européens (ECF) a rassemblé dans un tableau tous les bénéfices économiques (estimés) de l'usage actuel du vélo dans l'Union européenne. La moitié de ces 150 milliards € concernent la santé et presqu'un tiers le tourisme, le reste étant réparti entre l'environnement (pollutions évitées), le marché du cycle et la mobilité (décongestion).

2019 ECF Bike Benefits

Comme différentes études économiques l'ont démontré, c'est la santé qui est le premier bénéficiaire de la pratique du vélo. L'activité physique des cyclistes éviterait en effet 18.000 morts prématurées en Europe, ainsi qu'un nombre considérable de maladies cardio-vasculaires, de cancers, de diabètes, d'ostéoporose et même de maladies mentales comme Alzheimer (29% de risque en moins) ou la dépression.

Les employeurs économiseraient par ailleurs 5 milliards € par an en jours de congés de maladie évités pour leur personnel cycliste.

Au niveau de l'emploi, c'est le secteur touristique qui serait le premier à profiter du vélo : 520.000 emplois y seraient liés, pour 44 milliards € de dépense. Le secteur de la vente/réparation de vélos suivrait avec 13,2 milliards € de chiffre d'affaire.

Les divers types de pollutions évitées représentent une économie de 1 à 6 milliards €. Si ce n'est pas le poste le plus spectaculaire économiquement parlant, il n'en reste pas moins que le vélo contribue positivement à un meilleur environnement.

La "valeur ajoutée nette" du vélo à l'économie belge

Le vélo rapporte : à la santé, au climat, à l'environnement... mais combien à l'économie belge ? Pour la première fois, une étude commanditée en 2024 par le SPF Mobilité à TML (aussi) quantifie l'emploi et la valeur ajoutée de ce secteur économique pour la Belgique.

La valeur ajoutée nette (VAN) correspond à la valeur totale qu’un secteur économique ajoute à la production de biens et de services, après déduction de la valeur des matières premières utilisées et des services achetés auprès d’autres entreprises. Elle constitue un critère important, car elle reflète la contribution réelle d’un secteur à l’économie, étant donné qu’elle représente la valeur réellement créée.

Pour le secteur du vélo cette VAN s'élève à 951 millions € par an, et affiche un taux de croissance plus élevé que la moyenne des activités économiques belges : 15% par an entre 2020 et 2022 contre 5% ailleurs. Le secteur du vélo est donc un créneau plus que porteur en Belgique (et ailleurs en Europe).

Cette VAN a trois grandes locomotives, qui fournissent chacune plus de 200 millions € de valeur ajoutée annuelle : le tourisme à vélo, les infrastructures cyclables et la vente de vélos.

En 2023, 619.605 vélos ont été vendus dans notre pays. Pour la première fois, les ventes de vélos électriques ont dépassé celles des modèles traditionnels. La part croissante des vélos électriques dans les chiffres de vente entraîne une tendance à la hausse du chiffre d’affaires. Et peut même compenser une diminution des unités totales vendues.

La location et le leasing (en forte croissance) suivent le trio de tête. La cyclologistique - tous types de livreurs à vélo confondus - pointe le bout de son nez avec 23 millions € par an (contre 6 millions € sept ans plus tôt).

L'emploi dans le secteur du vélo

En Belgique, l’économie du vélo occupait 17.434 équivalents temps plein (ETP) en 2022. La tendance ici est tout aussi positive :

2024 TML Emploi vélo en Belgique

À l’instar de la VAN, le taux d’emploi dans l’économie du vélo s’est envolé à partir de l’année 2020. En 2019, le secteur employait tout juste moins de 10.000 ETP. Au cours des 8 dernières années (de 2015 à 2022), ce taux d’emploi a enregistré une hausse de 147 %

Mais le trio gagnant pour les secteurs vélo qui emploient le plus de personnel offre ici une petite surprise. Contrairement à la VAN, c'est la cyclologistique qui fournit le plus d'emplois : 7000 à elle toute seule. Viennent ensuite le tourisme (3358) et la vente de vélos (2813). Ce sont les infrastructures cyclables qui clôturent ce quatuor de tête, avec 1691 emplois.

Un potentiel certain pour l'avenir

Selon l'étude de TMLeuven "quatre activités relativement nouvelles liées au vélo connaissent une croissance exponentielle tout en disposant encore simultanément d’un important potentiel de développement : le leasing de vélo, et les assurances vélo qui y sont liées, les vélos en libre-service, et la logistique à vélo".

Si 25% des livraison urbaines se faisaient à vélo, cela générerait 9.000 emplois supplémentaires. Tandis qu'un leasing vélo offert à 15% des travailleurs générerait une valeur ajoutée d'un milliard € et 7000 emplois.

Si l'on rapporte les gains à l'économie en fonction de la mise sur le marché d'une tranche de 1000 vélos, les chercheurs de TMLeuven ont déterminé les ratios suivants :

Types de vélo mis sur le marché

Valeur ajoutée nette

Emplois

Vélos partagés – pour 1.000 vélos

€ 2 880 594

29

Leasing de vélos – pour 1.000 vélos

€ 2 773 651

27

Cyclo-logistique – pour 1.000 vélos-cargos

€ 8 881 840

1000

Conclusions

Les investissements publics effectués dans les politiques vélo ont donc des effets retours directs au niveau économique (en plus des bénéfices sur la santé et l'environnement, tout aussi importants). De plus, la majorité des emplois générés ne sont pas délocalisables. Que ce soit dans la cyclologistique, la réparation ou le tourisme, l'argent reste en Belgique.

Les auteurs terminent sur une note positive pour la Wallonie : étant donné son sous-développement en matière de vélo, c'est là que le plus gros gisement d'emploi et de valeur ajoutée nette se trouve. Mais pour y arriver "l’exploitation du potentiel vélo en Wallonie nécessite des investissements importants dans des infrastructures cyclables de qualité" pointe TMLeuven.

Luc Goffinet

1 Il est important de noter que les « coûts privés » du speed pedelec sont payés par son utilisateur, alors qu’une bonne partie des bénéfices sont externes. Ces coûts privés élevés masquent, pour l'utilisateur, des bénéfices pour la société presque aussi élevés.
2 Le bénéfice de vivre plus longtemps est exprimé en €, mais il ne s’agit pas d’argent disponible à dépenser à autre chose !
3 Attention, l’augmentation de la fréquentation est importante, on passe de 1% de part modale pour le vélo sur l’axe Luxembourg-Arlon à 7% comme prévu dans le plan de mobilité Luxembourgeois. Seulement 1/5 de cette augmentation de 6% est attribuée à la présence de la liaision cyclable transfrontalière sensiblement améliorée.

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